En effet alors que la période devrait être porteuse pour la Gauche - entre conséquences sociales de la crise économiques et scandales autour de Berlusconi –, il n'en est rien. Pour comprendre le caractère insolite de la situation actuelle il convient d'opérer un retour en arrière dans les années 1990. Cette période de troubles et de violences en Italie – nous gardons en mémoire les assassinats spectaculaires et hautement symboliques des deux juges anti-mafia Borsellino et Falcone - est à l'origine de la disparition des principaux partis de l'échiquier politique du pays. Ainsi l'opération judiciaire anti-corruption « Mains propres » a emporté avec elle le parti socialiste italien et la grande Démocratie Chrétienne; quant au Parti Communiste (le plus fort et le plus original d'Europe) il s'est effondré en même temps que le bloc soviétique. C'est dans ce marasme post-guerre froide que Berlusconi s'est lancé victorieusement en politique, et c'est sur ces mêmes ruines que la gauche italienne a entamé sa recomposition.
Depuis presque 20 ans la situation a beaucoup changé à gauche. Il ne reste plus rien ou presque du communisme si ce n'est une minorité radicale qui n'a cessé de perdre du terrain dans les urnes jusqu'à n'avoir plus aucun élu au parlement. Cette « Gauche arc-en-ciel » où on retrouve pèle mêle les partis anticapitalistes et les écologistes a reçu à peine 3% des suffrages aux dernières élections.
La grande majorité des héritiers du PCI s'est s'est quant à elle convertie à la social-démocratie. Depuis 2007, elle forme avec les démocrate chrétiens (issus de l'aile sociale de la DC et dont le leader le plus connu fut R. Prodi) une grande force réformiste de centre-gauche. Cette formation politique, qui est en fait la concrétisation des alliances électorales qui existaient auparavant entre socio-démocrates et démocrates-chrétiens (entre 1995 et 2007), a pris le nom de Parti Démocrate.
Aujourd'hui le Parti Démocrate constitue une forme originale de rassemblement à gauche et probablement l'alternative la plus crédible à Berlusconi. Toutefois le parti n'est pas sans faiblesses. Au premier rang desquelles l'impossibilité de se forger une identité nouvelle. Comme l'explique le professeur Marc Lazar, les cultures politiques survivent aux partis qui les ont engendrés et de fait il est très compliqué de faire converger ex-communistes et ex-démocrates-chrétiens sur des sujets aussi sensibles que la laïcité. Il en résulte des antagonismes internes et un manque de lisibilité du message politique. Dans ces conditions l'anti-berlusconisme primaire est souvent le plus petit commun dénominateur. Cette manière de se poser en s'opposant ne suffit toutefois pas à masquer la faiblesse de l'offre politique et Berlusconi qui a lui aussi pris soin de rassembler son camp dans un grand parti, le Peuple de la Liberté (où sont notamment entrés les anciens fascistes du parti Alliance Nationale) demeure un pis-allé pour de nombreux Italiens. Au passage il faut noter la confiscation du langage avec cette uncroyable OPA sur le mot "liberté".
Né il y a bientôt trois ans, le parti démocrate n'a pour l'instant connu que des défaites électorales, toutefois il est source de renouveau, d'intérêt et d'espoir sur la scène politique italienne voire internationale. En effet il est très en avance en matière d'utilisation des NTIC et se trouve à l'origine d'innovations comme la pratique des primaires ouvertes qui inspirent tant la gauche française. L'historien Max Gallo considère l'Italie comme le laboratoire politique (parfois funeste) de l'Europe, il semble donc important de garder un oeil tant sur les initiatives que sur les erreurs de nos voisins transalpins afin d'envisager la rénovation à Gauche dans notre pays.
Vincent N.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire