« Franchement, envoyer au tribunal un homme qui a participé à la vie de notre République pendant près de 50 ans, pour ces motifs, je ne comprends pas. Pourquoi chercher à le blesser maintenant? Pourquoi porter atteinte à la fonction présidentielle? Pourquoi encourager ceux qui s'attaquent à l'image de la France? Les Français ont répondu à la question du bilan de la vie politique de Jacques Chirac: il est l'homme politique français le plus populaire! », pouvait-on lire sur le blog de Jean Pierre Raffarin le 30 octobre dernier.
Ce même jour en effet, Jacques Chirac était renvoyé devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Contre l’avis du procureur, qui avait requis un non-lieu en septembre, la juge d’instruction Xavière Simeoni a estimé que les charges étaient suffisantes pour un procès de l’ex-président de la République, après 12 ans d’immunité pénale à l’Elysée. Il sera jugé pour abus de confiance et détournement de fonds au sujet des emplois fictifs de la mairie de Paris. Le parquet de Paris n’a pas fait appel de la décision du juge.
La réaction de Jean Pierre Raffarin est loin d’être isolée au sein de la droite française et semble même largement partagée par ses membres comme le relate le Nouvel Observateur en ligne du 30/10/2009: « Cette nouvelle m'a fait de la peine, parce que j'ai toujours eu pour Jacques Chirac beaucoup de respect et d'affection » (Jean-François Copé), « Je crois que si on avait pu éviter de remuer ces vieilles affaires qui n’ont besoin que d’une chose, c’est de l’oubli, ça aurait sans doute été mieux » (Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP). Même certains socialistes comme Ségolène Royal ont eu la larme à l’œil: « Même s'il le mérite, je pense que ce n'est pas bon pour l'image de la France [car] ce sont des affaires très anciennes. […] Aujourd'hui, c'est un homme quand même qui mérite d'être tranquille ». Mérite t-il d’être tranquille ou a-t-il le mérite de dormir tranquille ? Certes il n’y a pas mort d’homme mais comment la République française, en pleine réflexion sur ses valeurs, peut-elle laisser ses représentants tenir de tels propos prônant « l’ancienneté des faits » et « l’oubli » ? Vingt petites années suffiraient-elles pour qu’il y ait prescription ?
Mais s’insurger contre ce déferlement de propos hypocrites, même si c’est nécessaire, ne doit pas nous détourner du double problème que soulève ce procès et qui est fondamental. Tout d’abord, la tenue et l’issue crédible d’un tel procès montreraient que la justice a la possibilité d’inquiéter, et pourquoi pas de condamner s’il y a lieu, un ancien chef d’Etat. Cela ne nuirait en rien à la fonction présidentielle ou à l’image de la France comme il a pu être dit, mais renforcerait au contraire notre démocratie qui balaierait devant sa porte. Ensuite, la poursuite de la procédure représente un défi à relever pour l’institution judiciaire déconsidérée et régulièrement bafouée par la classe politique. La résistance du juge sur ce dossier ne manquera pas de relancer la polémique sur la suppression du juge d’instruction, personnage qui semble effrayer, sans doute à juste titre, un certain nombre de nos hommes politiques aux consciences troublées… Au-delà du simple mais riche procès de Jacques Chirac c’est un bras de fer féroce entre la justice qui défend son indépendance et la classe politique consciente de ses intérêts qui s’engage sous nos yeux. Ne le perdons pas de vue !
Ce même jour en effet, Jacques Chirac était renvoyé devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Contre l’avis du procureur, qui avait requis un non-lieu en septembre, la juge d’instruction Xavière Simeoni a estimé que les charges étaient suffisantes pour un procès de l’ex-président de la République, après 12 ans d’immunité pénale à l’Elysée. Il sera jugé pour abus de confiance et détournement de fonds au sujet des emplois fictifs de la mairie de Paris. Le parquet de Paris n’a pas fait appel de la décision du juge.
La réaction de Jean Pierre Raffarin est loin d’être isolée au sein de la droite française et semble même largement partagée par ses membres comme le relate le Nouvel Observateur en ligne du 30/10/2009: « Cette nouvelle m'a fait de la peine, parce que j'ai toujours eu pour Jacques Chirac beaucoup de respect et d'affection » (Jean-François Copé), « Je crois que si on avait pu éviter de remuer ces vieilles affaires qui n’ont besoin que d’une chose, c’est de l’oubli, ça aurait sans doute été mieux » (Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP). Même certains socialistes comme Ségolène Royal ont eu la larme à l’œil: « Même s'il le mérite, je pense que ce n'est pas bon pour l'image de la France [car] ce sont des affaires très anciennes. […] Aujourd'hui, c'est un homme quand même qui mérite d'être tranquille ». Mérite t-il d’être tranquille ou a-t-il le mérite de dormir tranquille ? Certes il n’y a pas mort d’homme mais comment la République française, en pleine réflexion sur ses valeurs, peut-elle laisser ses représentants tenir de tels propos prônant « l’ancienneté des faits » et « l’oubli » ? Vingt petites années suffiraient-elles pour qu’il y ait prescription ?
Mais s’insurger contre ce déferlement de propos hypocrites, même si c’est nécessaire, ne doit pas nous détourner du double problème que soulève ce procès et qui est fondamental. Tout d’abord, la tenue et l’issue crédible d’un tel procès montreraient que la justice a la possibilité d’inquiéter, et pourquoi pas de condamner s’il y a lieu, un ancien chef d’Etat. Cela ne nuirait en rien à la fonction présidentielle ou à l’image de la France comme il a pu être dit, mais renforcerait au contraire notre démocratie qui balaierait devant sa porte. Ensuite, la poursuite de la procédure représente un défi à relever pour l’institution judiciaire déconsidérée et régulièrement bafouée par la classe politique. La résistance du juge sur ce dossier ne manquera pas de relancer la polémique sur la suppression du juge d’instruction, personnage qui semble effrayer, sans doute à juste titre, un certain nombre de nos hommes politiques aux consciences troublées… Au-delà du simple mais riche procès de Jacques Chirac c’est un bras de fer féroce entre la justice qui défend son indépendance et la classe politique consciente de ses intérêts qui s’engage sous nos yeux. Ne le perdons pas de vue !
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