mercredi 17 mars 2010

Le service militaire-national-civil est mort. Vive le service civique !

Alors que la majorité des gauchistes pleure la disparition de Monsieur Ferrat, Ailes Gauches – l’avant-gardiste – a décidé de rendre hommage à Joe Dassin, dont nous fêtons les trente ans de sa disparition cette année. Non pas que sa discographie fleur bleue rythme chaque battement de nos cœurs et chacune de nos réunions mensuelles, mais parce que ces paroles se prêtent parfaitement au propos qui suit. Petit frère, que nous espérons, plus fortuné du Service civil créé en 2006 qui ne concernait que 3000 jeunes Français chaque année, contre 200 000 jeunes Allemands, le Service civi-QUE est né.
ENFIN! Car reconnaissons que l’accouchement fut douloureux. Né projet de loi, puis repris sous les traits d’une proposition de loi, la Gauche et Martin Hirsch se disputent la paternité du petit Service. Admettons que le jeu en vaut la chandelle : une victoire législative (et j’insiste sur le singulier) pour l’opposition d’un côté ; l’affirmation d’un Commissariat nébuleux de l’autre. Et la Jeunesse dans tout ça ? Simple formalité! Evidemment, nous ne pouvons pas nier la valeur fondamentale de ce que représente le service civique en tant que mission de solidarité. Le mot « civique » n'est pas innocent. Trop oublié, lamenteront certains, il est là pour rappeler ce qu'est un engagement citoyen, bâti autour des valeurs de partage et d'échange. Ainsi, selon des estimations, ce service devrait concerner 10 000 jeunes en 2010, pour un budget 2010 de 40 millions d’euros. A terme, l'objectif étant d'atteindre 75 000 Français en 2015 (soit 10% d’une classe d’âge), pour un budget annuel de 500 millions d'euros. Il sera alors accessible sur la base du volontariat à des jeunes âgés de 16 à 25 ans, accueillis pendant une période de six à douze mois dans une association, une collectivité locale, une ONG. Et non ! Il ne s’agit pas de volontariat international. Il existe une différence, un détail beaucoup trop subtil pour que j’en détermine la nature. Mais, en ces temps d’inflation législative, les auteurs du service civique ont forcément dû souligner les caractéristiques qui font du service civique, un service unique.
AH ! Voilà ! Les missions confiées aux jeunes seront « protéiformes ». Je m’explique : le ‘serviteur’ civique pourra ainsi remplir des missions de diffusion d’informations sur la sexualité dans les lycées, de sensibilisation aux enjeux du développement durable, ou encore de gardien de troupeaux de phoques. Et ce, en France comme à l’étranger (les troupeaux de phoques étant plutôt rares dans nos vallées). Quoiqu’il en soit, et trêve de plaisanteries, nos jeunes civiques recevront une indemnité comprise entre 540 et 640€/mois. « Alors que la crise touche de plein fouet la jeunesse qui est déjà à la recherche de repères et en mal de citoyenneté, nous avons le devoir d’améliorer un dispositif totalement inadapté, inefficace et inopérant », a expliqué Yvon Collin, sénateur RDSE (82) à l’origine de la proposition de loi. Le Service civique pourra « permettre à un jeune (désœuvré) de s’engager en effectuant une mission d’intérêt général », et de trouver sa voie, comme le revendique M. le Haut Commissaire. Vraiment ? Ça reste à voir. Et les plus sceptiques sont les associations, principaux futurs établissements d’accueil de ces jeunes volontaires, qui s’interrogent sur la pérennité du financement du service civique, alors que les mots « déficit public », « dette » et « désengagement » résonnent dans nos têtes. Comme le Service civique ne sera pas obligatoire, « le travail (du Haut Commissariat et des établissements déconcentrés) sera aussi d’aller chercher des jeunes qui n’ont plus envie de rien, qui n’ont pas confiance en eux, qui n’ont pas confiance dans la société, qui n’ont pas de projet d’avenir ». Un jeu d’enfants ? Le Service civil a souffert d'un réel déficit d'information et de visibilité, de la lourdeur et de l'opacité des procédures, aussi bien pour les volontaires que pour les structures d'accueil. Il ne s’agit pas de faire, mais bien de faire savoir. Non pas aux media, mais aux jeunes concernés.

Elodie. A

Emma Goldman, l’anarchisme au féminin

Trouver une belle définition de l'anarchie n'est pas une chose facile. Peut-être n'est-ce même pas souhaitable pour la pensée libertaire. Cependant Emma Goldman, par son combat et sa pensée, offre une définition bouleversante de l'anarchie - on ôtera le suffixe «isme» rappelant le caractère doctrinal.
Née en Lituanie, Emma Goldman est mariée très jeune et supporte difficilement la morale patriarcale qu'on lui inflige. Elle quitte tout du jour au lendemain, pour les États-Unis, débarquant seule à New York, en 1886. Ce voyage change totalement sa vie, elle ne supporte pas la misère ambiante et les conditions de travail délétères des travailleurs américains. Scandalisée par la pendaison arbitraire de 4 anarchistes lors d’une manifestation qui tourne à l’émeute le 1er mai à Chicago, elle décide de se radicaliser en participant à des meetings révolutionnaires. Elle développe alors sa propre pensée, anarcho-féministe, «Selon moi, une cause qui défendait un si bel idéal, qui luttait pour l'anarchie, la libération et la liberté, contre les idées reçues et les préjugés, une telle cause ne pouvait renoncer à la vie et à la joie. Je précisai que la Cause ne pouvait espérer que je devienne une nonne, ni que le Mouvement se transforme en cloître. Si tel était son enjeu, alors je n'en voulais pas. Je veux la liberté. Je veux que chacun ait le droit de s'exprimer et que chacun ait accès aux choses belles et radieuses. Voilà en quoi consistait l'anarchie pour moi, et j'étais bien décidée à la vivre ainsi, envers et contre tous. » (Living my life, t.I, E. Goldman)
Trop de remue-ménage aux États-Unis, elle est envoyée au bagne. A peine sortie, elle continue son activisme, prône le droit à l'avortement. De nouveau condamnée, elle est recherchée. Elle doit quitter les États-Unis, et vogue vers la Russie communiste qu'elle croyait sauvée. «34 espèces de tickets de rationnements dans une société soi-disant communiste». Elle se rebelle une fois de plus contre l'ordre sévère qu'impose la Tchéka (police politique du régime soviétique crée en 1917 et remplacée en 1922 par le Guépéou) et c'est de nouveau l'exil, pour la France cette fois...

Salomé. D

Pour une écologie radicale et alternative!

« Je voudrais dire un mot sur toutes ces questions d'environnement, car là aussi, ça commence à bien faire » déclarait récemment Nicolas Sarkozy lors de sa visite au Salon de l’Agriculture. Si la phrase est évidemment à replacer dans son contexte – le chef de l’Etat (et de l’UMP) tentant de rassurer les agriculteurs, électorat traditionnellement favorable à la droite, à quelques jours du premier tour des élections régionales -, elle symbolise aussi cette idée d’une écologie à géométrie variable, soluble dans le système capitaliste et adaptable à l’idéologie productiviste et libérale, ne demeurant acceptable que tant qu’elle n’est pas contraire à la loi du marché et à la logique du profit. Une idée totalement absurde et paradoxale. D’un côté, on n’a jamais autant entendu parler de réchauffement climatique, de biodiversité, d’énergies renouvelables et de développement durable. Les thèmes environnementaux semblent plus que jamais faire consensus et tout se passe comme si être écologiste était brusquement devenu une seconde nature pour chacun d’entre nous, du simple citoyen triant ses déchets aux décideurs les plus influents de la planète. Les résultats des listes Europe Ecologie aux dernières élections européennes et dans une moindre mesure au premier tour des élections régionales ont matérialisé cette « vague verte » qui semble déferler sur la France et plus généralement sur la scène internationale depuis quelques années. Quand on repense aux débuts confidentiels de l’écologie politique née dans les années 1970 et à ses combats pour tenter de faire émerger la question environnementale dans le débat public, la première réaction pourrait donc être de se réjouir d’une telle prise de conscience. A trop se réjouir, on en oublierait pourtant l’essentiel : voilà une vaste supercherie idéologico-marketing. Vouloir faire croire que l’idéologie libérale actuellement dominante et le système socio-économique qu’elle sous-tend seraient compatibles avec des revendications écologiques me semble ainsi particulièrement pernicieux.
La « croissance verte », le « développement durable » ne sont finalement que la dernière trouvaille des tenants du système capitaliste libéral, subitement « néoconvertis » en chantres de la lutte contre le réchauffement climatique, afin de reverdir leur image et continuer à justifier auprès de la population un modèle socio-économique inique qui va droit dans le mur, tout en rejetant la responsabilité qui leur incombe sur l’ensemble de la population. En cela, les exemples du « Grenelle» et de la « taxe carbone » sont très parlants, avalisant un discours hypocrite et moralisateur qui se garde bien de sanctionner les vrais coupables. L’écologie ne doit plus se résumer à de belles promesses dans les programme, à des successions de mascarades inefficaces. De même, les revendications environnementales ne peuvent et ne doivent se passer d’une vision sociale globale, mettant l’humanité au cœur de sa réflexion, il est donc temps de refuser les compromissions et les renoncements qui vident l’exigence écologique de tout son sens. Il me paraît aujourd’hui urgent de repenser l’écologie politique au sein d’un projet alternatif et qui s’oppose frontalement au système capitaliste, un projet cohérent où « décroissance » et « taxation du capital » ne seraient plus des gros mots, où le consensus à trouver serait celui des peuples et non d’une minorité de décideurs soumis aux diktats de la finance et des multinationales. Un projet démocratique, en somme.

Maxime. B

Des relans de chasse aux sorcières ?

Georges Frêche aurait-il un concurrent ? Non pas pour le « leadership » de la région Languedoc-Roussillon mais plutôt pour celui de la gauche raciste ! Le débat sur l’identité nationale a permis et justifié tous les propos s’attristant de la supposée déliquescence de notre chère et tendre francité… Il a même pu jouer les prolongations à travers la polémique sur la burqa (en réalité le niqab) et s’est concrétisé dans la création d’une commission parlementaire chargée d’examiner l’intérêt de son éventuelle interdiction.
On a beaucoup reproché à la gauche de ne pas s’être aventurée dans le débat. Malheureusement, certains de ses membres y ont sauté à pieds joints. La preuve ? C’est un député communiste, André Gerin, qui a été à l’origine et à la tête de la « Mission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national » qui a rendu son rapport le 26 janvier dernier. Un débat sain dans une commission saine ? Rien n’est moins sûr... Le député du vénérable et déliquescent PCF semble, comme en témoignent ses propos, s’être particulièrement investi dans sa mission au point qu’Eric Raoult, rapporteur UMP de la commission, a dû le tempérer dans ses ardeurs à plusieurs reprises… M. Gerin a en effet été prompt à dénoncer la « talibanisation de la société » et a affirmé avoir demandé cette commission pour « combattre une idéologie barbare » qui mettrait la France face à une véritable « marée noire » .
Même si, comme il le dit lui-même, « cela fait bien longtemps que je ne prends plus mes ordres place du Colonel Fabien », il parait légitime de s’interroger, d’une part, sur la capacité de nos élus à enquêter en toute impartialité sur de (supposés) sujets cruciaux pour notre République et, d’autre part, sur l’aptitude de la gauche à prôner la tolérance et le respect, elle si prompte à s’insurger contre les discours tenus par la droite. Il ne s’agit que d’un énergumène parmi toute l’opposition me direz-vous ! Exact. Il n’en reste pas moins qu’un tel discours dans la bouche d’un parlementaire, qui plus est de gauche, fait mal au cœur et n’arrange pas la position de son propre camp. Il n’est pas improbable que ce « vestige de la tradition communiste orthodoxe » n’ait été contaminé par une hérésie bien contagieuse…

Paul. C

Des primaires à la française

Des primaires à la française

Martine Aubry l’a confirmé sur Canal + : entre Laurent Fabius, DSK et elle-même « on ne sera jamais en concurrence ». Fabius le disait déjà à l’antenne de France Inter la semaine d’avant : entre les trois socialistes « il y’aura une unité, même aux primaires ».
Sur internet on a aussitôt parlé de « troïka » à la française. Une nouvelle « magouille d’appareil » pour empêcher Ségolène Royal de mettre la main sur le PS (comme la surprenante coalition à Reims autour de la candidature d’Aubry). Troïka ? Sans doute. Magouille ? Peut-être trop dur pour un parti dont l’histoire est faite de discordes, mais aussi d’alliances. C’est cette éternelle recherche du rassemblement qui a fait la force du PS. En 1971 à Epinay, Mitterrand avait pu s’emparer du parti naissant en rassemblant Defferre, Mauroy et Chevènement autour de l’idée d’une alliance avec les communistes. Après sa victoire au Congrès, le parti était encore très divisé (il avait pu recueillir 43 926 voix contre 41 757 pour Savary), mais Mitterrand a su unifier au mieux le parti et s’imposer comme le candidat naturel à la présidentielle de 1974. La « synthèse » autour de François Hollande est dans la logique d’un parti qui cherche à rassembler sans jamais étouffer les divergences.
Contrairement à Ségolène Royal, prête à lâcher les siens (« S'il y a de la triche, je reprendrai ma liberté »), Martine Aubry a très bien compris comment fonctionnait le Parti Socialiste : elle pratique le jeu d’alliances. La capacité du candidat à rassembler devient essentiel dans une campagne présidentielle : Martine Aubry inaugurera sans doute en 2012 les premières primaires à la française.

Patrick. T