Trouver une belle définition de l'anarchie n'est pas une chose facile. Peut-être n'est-ce même pas souhaitable pour la pensée libertaire. Cependant Emma Goldman, par son combat et sa pensée, offre une définition bouleversante de l'anarchie - on ôtera le suffixe «isme» rappelant le caractère doctrinal.
Née en Lituanie, Emma Goldman est mariée très jeune et supporte difficilement la morale patriarcale qu'on lui inflige. Elle quitte tout du jour au lendemain, pour les États-Unis, débarquant seule à New York, en 1886. Ce voyage change totalement sa vie, elle ne supporte pas la misère ambiante et les conditions de travail délétères des travailleurs américains. Scandalisée par la pendaison arbitraire de 4 anarchistes lors d’une manifestation qui tourne à l’émeute le 1er mai à Chicago, elle décide de se radicaliser en participant à des meetings révolutionnaires. Elle développe alors sa propre pensée, anarcho-féministe, «Selon moi, une cause qui défendait un si bel idéal, qui luttait pour l'anarchie, la libération et la liberté, contre les idées reçues et les préjugés, une telle cause ne pouvait renoncer à la vie et à la joie. Je précisai que la Cause ne pouvait espérer que je devienne une nonne, ni que le Mouvement se transforme en cloître. Si tel était son enjeu, alors je n'en voulais pas. Je veux la liberté. Je veux que chacun ait le droit de s'exprimer et que chacun ait accès aux choses belles et radieuses. Voilà en quoi consistait l'anarchie pour moi, et j'étais bien décidée à la vivre ainsi, envers et contre tous. » (Living my life, t.I, E. Goldman)
Trop de remue-ménage aux États-Unis, elle est envoyée au bagne. A peine sortie, elle continue son activisme, prône le droit à l'avortement. De nouveau condamnée, elle est recherchée. Elle doit quitter les États-Unis, et vogue vers la Russie communiste qu'elle croyait sauvée. «34 espèces de tickets de rationnements dans une société soi-disant communiste». Elle se rebelle une fois de plus contre l'ordre sévère qu'impose la Tchéka (police politique du régime soviétique crée en 1917 et remplacée en 1922 par le Guépéou) et c'est de nouveau l'exil, pour la France cette fois...
Salomé. D
mercredi 17 mars 2010
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